Aurélien Goutsmedt

Chaire de recherche du Canada en épistémologie pratique
Université de Sherbrooke
Département de science politique & CIRST
Université du Québec à Montréal

Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université Paris 1, je suis spécialisé en histoire de l’économie, et notamment des théories macroéconomiques de l’inflation et du chômage. Depuis mon post-doctorat au Center for the History of Political Economy (Université Duke), je m’intéresse plus particulièrement au rôle des macroéconomistes comme experts, et à leur influence sur la décision politique.

Mon projet de recherche au sein du CIRST porte sur deux objets historiques et géographiques différents. Dans un premier temps, je m’intéresse au Humphrey-Hawkins Act, établi aux Etats-Unis en 1978, et qui donne pour objectif au gouvernement et à la Federal Reserve Bank le plein-emploi et la stabilité des prix. Je m’intéresse à la manière dont l’intervention grandissante du « langage économique », reposant sur les concepts de courbe de Phillips (l’existence d’une relation inverse entre chômage et inflation) et de taux de chômage naturel, et sur la mesure statistique du chômage, a contribué à neutraliser la dimension politique de l’arbitrage entre chômage et stabilité des prix, et à faire de cet arbitrage une question technique réservée aux experts économiques.

Je m’intéresse également aux canaux de transmission entre la production académique de connaissances économiques, l’expertise économique et l’élaboration de la politique monétaire au sein de la Bank of England. Avec Juan Acosta (Universidad de los Andes), François Claveau (Université de Sherbrooke et CIRST), Béatrice Cherrier (Université de Cergy-Pontoise), Clément Fontan (Université Catholique de Louvain), et Francesco Sergi (Université Paris-Est Créteil), nous avons obtenu un financement de la part du réseau Rebuilding Macroeconomics, pour rendre compte de l’évolution de l’analyse économique au sein de la Bank of England, des années 1970 à la période post-crise financière.

À l’aide d’archives et d’entrevues avec des membres passés ou présents de la Bank, nous étudions la manière dont l’expertise économique au sein de l’institution repose sur l’utilisation de modèles macroéconométriques pour prévoir les variations futures des variables macroéconomiques et évaluer les effets de différents scénarii de politique monétaire. Si les modèles dits DSGE (Dynamic Stochastic General Equilibrium) ont été fortement critiqués après la crise financière, il n’existe que peu de travaux sur la manière dont ces modèles ont été élaborés au sein des banques centrales, sur la manière dont ils se sont imposés par rapport à d’autres types de modélisation, et sur leur utilisation dans les prises de décision.

Ce contenu a été mis à jour le 12 mars 2020 à 16 h 33 min.